
A l'époque des expositions universelles
Fondé par l’arrêté du 18 septembre 1901, le Musée départemental de la Guyane appelé alors « Musée local » a pour mission de « conserver et d’exposer des objets présentant un intérêt historique, artistique ou scientifique, notamment des documents concernant l’histoire de la colonie depuis les origines, des sculptures, peintures, gravures et médailles, des minerais du pays, des spécimens de la faune et de la flore guyanaises, des objets façonnés par les peuplades indigènes de la Guyane ».
Le Musée départemental est ouvert en fonction du trafic maritime entre la métropole et la colonie, et donc ouvert « le matin de 8 à 11 heures pendant la présence sur rade de son arrivée jusqu’au jour inclus de son départ ».
Le gouverneur par intérim de l’époque Emile Merwart nomme un comité de patronage de 22 membres – dont « les fonctions sont gratuites » - et désigne parmi eux pour deux ans « un Conservateur chargé de veiller au bon entretien des collections, d’effectuer leur classement et d’assurer leur gardiennage pendant les heures d’ouverture du Musée ».
Le 26 septembre 1901, Monsieur Eugène Bassières, agent général des cultures, est le premier membre du Comité nommé conservateur pour la période courant jusqu’au 31 décembre 1903.
Celui-ci, qui fut commissaire-adjoint à l’exposition universelle de 1900, ramène de Paris « une superbe collection d’oiseaux, de curieux spécimens de mammifères et de reptiles, des matières végétales utiles à l’industrie (les unes à l’état brut, les autres ouvrées) ». Il laisse à Paris, au Musée du jardin colonial, de beaux échantillons de produits forestiers réunis par l’Administration pénitentiaire de Guyane que le comité de patronage a l’intention de reconstituer.
Un certain nombre de minéraux sont transférés du Collège (une habitation sur l’Approuague) au Musée qui possède aussi un herbier très fourni.
A terme, « les transformations successives que l’industrie sait donner aux matières premières agricoles, forestières et minières seront présentées aux visiteurs » indique le comité du Musée.

L'origine des collections
Dans son discours inaugural en date du 15 octobre 1901, jour de la fête de Cayenne, Emile Merwart, Président du Musée, précise que « quelques objets recueillis et conservés par les anciens Comités locaux d’exposition et que quelques dons _ faits depuis moins d’un mois à l’institution nouvelle » ainsi que « les collections revenues du pavillon de la Guyane au Trocadéro » présentées à Paris lors de l’exposition universelle de 1900 constituent le premier fonds du Musée. C’est dire que certains des objets exposés à l’époque à Cayenne avaient fait deux traversées de l’Atlantique !
« Avec sa faune et sa flore d’une prodigieuse diversité, avec ses richesses minières, avec l’originalité profondément caractéristique des objets façonnés par ses peuples indigènes » ; par la longue fréquentation de ses rivages (vieille de quatre siècles) par les navigateurs d’outre-mer, « la Guyane, selon le gouverneur Merwart, a de quoi remplir un Musée hautement intéressant ».
La création du Musée vise en outre à faire en sorte que la Guyane française ne souffre plus de la comparaison avec la Guyane anglaise qui possède une très belle collection de zoologie, installée au premier étage de l’Hôtel des postes de Demerari et qui fait des envieux.
Pour enrichir la partie artistique, notre gouverneur compte sur les achats de l’Etat et se promet de demander au Gouvernement français de réserver au Musée de Cayenne une place dans la répartition des œuvres. Il entend également faire appel aux amateurs d’art, aux artistes locaux, aux adeptes de la photographie « pour constituer une collection des paysages les plus remarquables et des types les plus pittoresques de la Guyane ».
Un cabinet de curiosités
Avant de déclarer ouvert le Musée de la Guyane française, le gouverneur invitait les plus notables habitants de la colonie, les humbles coureurs de bois, chasseurs ou pêcheurs qui trouveraient sur leur chemin un objet curieux – animal, plante ou pierre – à le donner au Musée.
Plusieurs tableaux ont été donnés par Victor Schoelcher, tableaux parmi lesquels figurent un portrait du philanthrope peint par Champmartin et une vanité qui fait toujours partie des collections du Musée actuel et, qui mérite d’être restaurée.
Le Musée a su aujourd’hui, malgré les vicissitudes du temps, les difficultés de la conservation en climat tropical, conserver cet esprit des cabinets de curiosité né en Europe à partir de 1550. A côté des antiquités et des pièces historiques, les Princes rassemblaient de nouveaux types d’objets : curiosités naturelles ou artificielles, raretés exotiques. « Fossiles, coraux, pétrifications, fleurs ou fruits venus des mondes lointains, animaux monstrueux ou fabuleux, objets virtuoses d’orfèvrerie ou de joaillerie, pièces ethnographiques ramenées par les voyageurs, toutes les bizarreries de la création étaient réunies, pour que le collectionneur ait à portée du regard ce qui vient des confins du monde connu » rappelle Roland Schaer.